Passer ma route, pas vu celle tracée …
Entre le moment où ce cliché a été pris fin 1963 par le reporter photographe Burt Glinn de l’agence Magnum travaillant pour le Washington Post, et le moment où j’ai déclenché ma première photo en tant que photographe professionnel indépendant, il s’est passé un délai de 35 ans ! Le temps d’écrire quelques pages d’une autre vie bien tracée, en terminant Sciences Po à Aix-en-Provence et en prenant peu après la Direction des Ressources Humaines de la filiale d’un grand Groupe industriel français.
Mais 35 ans, c’est aussi la période d’incubation de ce virus de l’image que j’ai attrapé il y a longtemps lorsque, adolescent à Saïgon (Ho Chi Minh Ville), j’ai côtoyé quelques reporters photographes couvrant la guerre du Viêt-Nam dans les années 1960 à 1968. Ce dimanche-là, en me rendant à la Cathédrale de Saïgon, je suis arrêté pour avoir été mêlé à une manifestation étudiante contre le régime du Président Ngô Dinh Diêm de l’époque (voir Carnet « Illustration »). Après avoir pris son cliché, j’ai vu Burt Glinn jeter ce qui ressemblait à une pellicule photo dans une haie. Arrêté et tabassé pour avoir enfreint l’interdiction de photographier, il a passé un mauvais moment au commissariat de police. Pour moi, ce sera une semaine dans un centre de rééducation, ça m’apprendra à côtoyer des étudiants ! Burt Glinn, une fois relaché, a dû récupérer sa pellicule car peu après, l’hebdomadaire américain circulait dans ma classe au Lycée J-Jacques Rousseau (anciennement Chasseloup-Laubat).
En fait, je suis entré dans la photo par l’objectif ! Je n’ai pas le souvenir d’avoir été traumatisé par cet incident, mais une sorte de résilliance a fait peu à peu son chemin, ce qui explique probablement aujourd’hui mon indicible attirance de l’image.
Mais dans un monde où elle règne sans partage, l’image photographique peut très vite devenir « trash » ou tyrannique, si elle transgresse de cette forme d’écriture très particulière qui est celle de l’œil, à la fois furtive et obsédante, légère et grave en même temps, universelle et cependant très personnelle.
La feuille de papier « photosensible » du photographe est comme une page blanche de l’écrivain. Dans la chambre noire de notre inconscient, que va-t-elle lentement révéler, comme un miroir à nous-mêmes ? Nos rêves, nos désirs, nos doutes, nos espoirs, nos quêtes d’un monde tel qu’il est, ou tel qu’il devrait être ?
Merci d’avoir jeté l’ancre dans mon port d’attache www.pixeweb.com , mais la visite pourrait se poursuive dans mon arrière-port www.pixeweb.fr particulièrement dédié aux reportages événementiels (danse, mode, mariage, illustration).
Bonne visite à tous !
Manoï SIRIVANAVONG – 13.04.2011 à Alès (Gard) – France